Dans mon article précédent, Les étapes de la publication d’un roman, j’ai noté que la première étape avant de commencer à écrire un livre (qu’on veut publier éventuellement) est de faire un plan. Je disais que cette étape est facultative et a lieu en fonction des préférences de l’auteur(e), mais somme toute, qu’il est toujours pratique d’avoir une idée générale du chemin que l’histoire va emprunter. Je disais aussi qu’il existe différents types de plans et différentes techniques et outils pour aider un(e) écrivain(e) à organiser ses idées. Vous avez été nombreux à me demander d’élaborer sur ces plans, techniques et outils, alors c’est ce que je vais faire aujourd’hui!
Pour certain(e)s auteur(e)s, simplement commencer à écrire et voir où l’inspiration les mène fonctionne très bien. C’était mon cas pour les deux premiers tomes de ma série Princesse promise. Toutefois, pour d’autres, faire un plan est plus utile et productif. C’était mon cas pour mes tomes 3 et 4 de Princesse promise. Je crois que planifier notre histoire peut être bénéfique quand on a beaucoup d’éléments à incorporer. Par exemple si on a une quête et qu’il y a différentes étapes, établir un plan aide alors à relier chaque étape entre elles. Autre exemple : quand il s’agit du dernier tome de votre série et que vous voulez vous assurer de « boucler chaque boucle », de fournir des réponses à chaque question finale. À ce moment, faire un plan vous permet de ne pas oublier d’élément.
Au fond, je crois qu’il existe un juste milieu où vous faites un plan, mais sans trop le détailler afin de vous permettre des déviations, de l’improvisation. Parfois, il s’agit simplement de donner une vue d’ensemble à votre histoire et ainsi, voir le bout du tunnel, voir l’écriture de votre livre comme un objectif atteignable. Si vous êtes maniaques d’organisation et que vous préférez les plans hyper détaillés, c’est correct aussi, mais je vous conseille de ne pas voir votre plan comme coulé dans le béton. Laissez-vous la liberté de le modifier au fur et à mesure pour ne pas empêcher votre flot créatif et vous retrouver bloqué et en manque d’inspiration.
Dans cet article, je vais décrire plusieurs techniques et outils pour vous aider à vous organiser. Il y en aura pour tous les goûts. Sachez que vous n’êtes pas obligé d’utiliser chaque « outil d’organisation » pour votre histoire. N’essayez pas de vous encombrer non plus. Allez-y en testant une ou deux techniques à la fois pour voir ce qui fonctionne le mieux pour vous. Je vous invite également à voir ces outils/techniques comme des options à considérer si vous avez le syndrome de la page blanche. À ce moment, faire un plan ou organiser quelques idées peut vous aider à vous donner des objectifs réalisables et à vous motiver.
Outil 1 – Le schéma narratif
Le schéma narratif est le type de plan que tout le monde apprend à l’école primaire. Bien qu’il soit très simple, c’est un outil classique qui peut être immensément pratique pour démarrer un nouveau projet d’écriture. On peut le détailler minutieusement ou simplement y apposer des mots-clés à développer au fur et à mesure, mais somme toute, il donne un excellent aperçu de l’arche générale d’une histoire.
Le schéma narratif est composé de 5 sections :
- La situation initiale. Dans cette section, vous décrivez le QQOQ (qui, quoi, où, quand). C’est ici que vous dressez un portrait du personnage principal, de son quotidien ou de la situation qu’il vit en début d’histoire, du lieu de l’action de départ, puis du moment de l’action de départ (époque, saison, matin/midi/soir, etc.).
- L’élément déclencheur. L’élément déclencheur est l’action qui vient déranger, bouleverser ou nuire à la situation initiale. C’est un événement, un problème ou une action qui changera le quotidien du personnage principal. Par exemple : la rencontre avec un personnage qui offrira une quête au héros ou encore une catastrophe qui poussera le personnage à partir dans une quête. Ici, il faut prendre le mot « quête » au sens large et l’adapter au genre du roman que vous écrivez. Pour le genre fantasy/fantastique, la quête peut être littéralement une quête, une aventure. Pour le genre contemporain, la quête peut simplement être une quête personnelle, un changement d’air, un objectif à atteindre. Pour le genre policier, la quête peut être vue au sens d’enquête, etc.
- Le déroulement. Cette section comprend toutes les péripéties donc toutes les actions qui font avancer l’histoire; qui font avancer ou régresser le héros dans sa quête.
- Le dénouement. Cette section englobe la péripétie finale, celle qui déterminera la fin; celle qui déterminera la réussite ou l’échec de la quête du héros. Parfois, cette section signe la fin d’un premier tome d’une série. Le premier tome se termine alors sur un cliffhanger, sur un suspense.
- La situation finale. Ici, c’est le contraire de la situation initiale. Le héros retrouve un quotidien, un état stable dans sa vie, mais ce quotidien n’est souvent pas le même que celui qu’on trouvait à la situation initiale. La quête du héros l’a changé et sa situation (économique, sociale, émotionnelle, etc.) n’est plus la même.
Outil 2 – Le schéma actantiel
Le schéma actantiel s’apprend un peu plus tard à l’école. C’est un schéma un peu plus complexe et flexible qui se concentre sur les actants du récit.
Il y a 7 éléments dans le schéma actantiel :
- Le sujet. Il s’agit ici du héros, du personnage principal.
- L’objet. L’objectif du héros. Ce qu’il désire ou recherche.
- La quête. Ce que le héros doit faire pour atteindre son objectif.
- Le destinateur. Aussi appelé « émetteur ». C’est la personne ou la chose (valeur, conviction, événement, objet, autre) qui pousse le héros à s’engager dans sa quête.
- Le destinataire. Aussi appelé « récepteur ». C’est la personne ou la chose qui va bénéficier de l’accomplissement de la quête par le héros.
- L’adjuvant. La personne ou la chose (objet, valeur, événement, etc.) qui va aider le héros dans sa quête.
- L’opposant. La personne (adversaire, ennemi) ou la chose (objet, valeur, événement, etc.) qui va nuire au héros durant sa quête.
Chaque catégorie peut être multiple (ex : il peut y avoir plusieurs adjuvants, plusieurs objectifs, etc.).
Pour vous aider à mieux comprendre, voici un exemple du schéma actantiel du film La Belle au bois dormant de Disney :
Descriptif : Le héros de l’histoire est le prince Philip (la princesse fait juste dormir le ¾ du film, let’s be real!). Son objectif est de sauver la princesse pour l’épouser. Pour ce faire, il devra vaincre Maléfique (c’est sa quête). Les fées marraines sont celles qui ont donné à Philip sa quête (elles sont les destinatrices). Dans sa quête, Philip sera aidé des fées marraines, mais aussi de l’épée et du bouclier magiques qu’elles vont lui donner (adjuvants). On pourrait aussi ajouter ici que le courage du prince l’aidera dans sa quête. Il sera retardé ou désavantagé dans l’atteinte de son objectif par Maléfique, le corbeau de Maléfique, la forêt d’épines/de ronces, le dragon que deviendra Maléfique, les goblins qui servent Maléfique et la malédiction que Maléfique a posée sur la princesse (opposants). Les destinataires de l’atteinte de l’objectif seront le prince lui-même (qui sera content d’épouser la princesse), mais aussi les rois et reines (les parents du prince et de la princesse qui seront contents de l’union). Les peuples seraient aussi des destinataires puisqu’ils bénéficieront également de l’union des deux royaumes par le mariage.
Vous pouvez constater ici qu’on pourrait encore ajouter plusieurs choses au schéma actantiel et que les éléments peuvent être aussi bien concrets qu’abstraits.
Le schéma actantiel est somme toute utile pour voir comment toutes les portions de l’histoire se relient et s’influencent entre elles.
Outil 3 – La carte
Une autre façon amusante et utile d’organiser son histoire est de faire une carte. Non seulement les cartes aident à visualiser les lieux les uns par rapport aux autres, mais aident aussi à situer les personnages et leurs déplacements; à ouvrir les possibilités de déplacements des personnages dans notre esprit.
Notez toutefois qu’une carte peut aussi avoir l’effet contraire et vous donner l’impression d’être contraint par ces frontières prédéterminées. À ce moment, c’est à vous de voir si avoir une carte est productif ou non pour vous. Je crois encore ici que l’important est de demeurer flexible et de vous dire que la carte peut toujours être ajustée au besoin.
Outil 4 – Les fiches
Pour chacun de mes projets, je conserve un document à part avec des informations sur mes personnages pour ne pas les perdre et pour y référer. On peut penser aux informations dans ce document comme à des fiches. On peut avoir des fiches pour des personnages, mais aussi pour des lieux ou encore pour des créatures, si vous écrivez un roman de style fictif (fantasy, sci-fi, etc.). Des fiches peuvent être très utiles justement pour éviter de perdre de vue des éléments-clés. Elles peuvent aussi aider à mieux définir certains éléments de votre histoire et à y revenir facilement au besoin.
Voici ce que chaque fiche pourrait contenir comme informations :
- Fiches de personnages : surnom et raison, petite biographie, caractéristiques physiques, rôle dans l’histoire, vie quotidienne, traits de caractère, loisirs, emploi, devoirs et responsabilités, peurs et craintes, buts/désirs/espoirs dans la vie, spécialités/dons/talents, etc.
- Fiches de lieux : géographie (sur la carte, territoire), démographie (population, espérance de vie), caractéristiques de ses habitants, relations avec autres lieux (et réputation), lois particulières, caractéristiques physiques (paysage, architecture), système politique (dictature, démocratie, monarchie), système économique (commerce, spécialités), inspiration (ex : vous vous êtes inspirés d’un lieu réel pour créer un lieu fictif), etc.
- Fiches de créatures magiques/surnaturelles : noms et surnoms, caractéristiques physiques, bons et mauvais côtés (à interpréter librement), niveau de domestication, capacités particulières, inspiration (ex : vous vous êtes inspirés de la mythologie grecque pour créer cette créature), etc.
Même si vous ne remplissez ou n’utilisez pas chaque détail de ces fiches dans votre histoire, au moins, elles vous font réfléchir et elles vous font considérer les possibilités.
Outil 5 – Le calendrier
Ce dernier outil, on peut dire que je l’ai « inventé » moi-même. À un certain point durant l’écriture du tome 1 de Princesse promise, je me rendais compte que je n’étais pas consciente du temps qui s’écoulait durant l’histoire et que j’avais de la difficulté à situer un événement par rapport à un autre. C’est alors que j’ai eu l’idée de suivre le déroulement de mon histoire avec un calendrier, en y notant les événements importants, en suivant l’écoulement du temps dans mon récit (en repérant les moments de la journée qui y étaient décrits et les sauts de quelques jours). J’ai fini par conserver un calendrier pour tous mes autres livres. Ça aide vraiment à savoir combien de temps passe entre chaque action; à rendre les voyagements de mes personnages d’un endroit à l’autre plus réalistes (distance parcourue en combien de temps); à noter des dates, des moments importants de l’histoire, puis à y référer plus tard, comme des dates d’anniversaire. En gros, tenir un calendrier vous aide à garder contact avec l’aspect réaliste de votre histoire. Si vous écrivez une histoire de style science-fiction avec des voyages dans le temps et des téléportations, là ça serait un peu différent, mais somme toute, je crois que le calendrier est un outil très pertinent à avoir durant l’écriture d’un roman.
Voilà donc pour cet article sur les différents outils et techniques d’organisation à utiliser avant et durant l’écriture d’un roman. J’espère que ces notions vous auront été utiles. Faites-moi savoir ce que vous avez pensé de chaque outil dans les commentaires! 🙂



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