Dernièrement, j’ai fait mon bilan littéraire de 2022. J’ai publié plusieurs vidéos sur mon TikTok pour illustrer chaque catégorie de ce bilan, dont une portant sur les livres que j’ai relus cette année. Un de ces livres était le tome 1 de la trilogie Insoumise par Mathilde Saint-Jean.
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Synopsis du tome 1 d’Insoumise :
La Troisième Guerre mondiale a bouleversé la planète, la technologie atomique a fait des ravages irréparables et des millions de personnes ont péri. Des pays entiers ont disparu et d’autres ont émergé, dont cette République – divisée en deux –, où vivent Emma et sa famille. Le quotidien de l’adolescente en Basse République en est un de pauvreté, tandis que le gouvernement maintient la population dans l’ignorance et la soumission.
Chaque jour, Emma se rend à l’école où austérité et discipline font loi. Là, comme ailleurs en Basse République, les moindres paroles et gestes sont surveillés. La peur est constante, surtout pour Emma qui doit à tout prix cacher l’existence de son jeune frère autiste. En effet, le gouvernement réserve un sort tragique à ceux qui sont différents ou… insoumis.
Chaque soir, Emma va travailler de l’Autre côté, à ses risques et périls, afin d’aider sa famille à survivre. Au café concert, clients et collègues lui rappellent constamment qu’elle ne vient pas du même milieu qu’eux; seule la musique lui permet de rêver et de s’évader. Puis une nuit, tout bascule. La frontière entre les deux Républiques devient soudainement infranchissable, tout comme celle entre les deux vies d’Emma…
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Le livre est paru en 2015. Je l’ai lu la même année et ai beaucoup apprécié.
Quand est venu le temps de travailler sur mon Projet personnel de secondaire 5 (portant sur l’écriture d’un livre) en 2016, j’ai repensé à Insoumise et à son auteure, une Gatinoise elle aussi, pour passer une entrevue. Tout s’est bien déroulé. L’auteure était très sympathique et a été très généreuse dans ses réponses.
Au cégep, l’année suivante, j’avais également à rédiger une entrevue dans le cadre d’un cours de journalisme et j’ai à nouveau pensé à Mathilde Saint-Jean, avec qui j’avais déjà établi un contact. Elle a à nouveau livré un contenu excellent.
Ainsi, l’article d’aujourd’hui relate un mélange des questions et réponses de ces deux entrevues que j’ai menées avec Mathilde Saint-Jean en 2016 et en 2017. Bien qu’elles datent, je crois que les réponses demeurent pertinentes aux réalités d’aujourd’hui et utiles pour les futur(e)s écrivain(e)s.
J’espère que vous aimerez!
Questions-réponses, entrevue avec Mathilde Saint-Jean
- On m’a dit qu’Insoumise était pour un projet de secondaire 5. C’est vrai? Si oui, quand et pourquoi as-tu décidé d’emmener ce livre plus haut et de le faire publier?
Oui en effet, à la base mon roman était mon projet personnel. Je suis allée au programme d’éducation internationale à la polyvalente Le Carrefour et pour clore mon baccalauréat, j’ai décidé d’écrire un roman. En revanche, le publier ne faisait pas du tout partie de mon plan de projet. C’est un peu un concours de circonstances qui m’a justement permis de publier. Il est clair que l’idée ou plutôt le rêve de publier me trottait toujours un peu en tête, mais l’amener véritablement à une maison d’édition, je dois dire que c’était quelque chose que je ne pensais jamais concrétiser. C’est ma mère qui m’a convaincue de le faire et je ne regrette pas du tout considérant tout ce que la publication de ma série m’apporte aujourd’hui.
- Pourquoi as-tu choisi d’écrire un livre pour ton Projet personnel de secondaire 5? Et pourquoi as-tu décidé d’utiliser le genre de la dystopie?
J’ai toujours aimé écrire et c’est ce qui a été ma principale motivation je te dirais. Considérant que j’avais déjà écrit une série en quatre tomes tout juste avant la remise de mon sujet pour mon projet personnel, je me suis dit que je n’avais qu’à poursuivre dans quelque chose que j’aimais faire. Aussi, on m’a toujours dit qu’il fallait absolument choisir quelque chose qu’on aime faire pour le projet personnel. J’ai donc pensé que l’écriture s’y prêterait parfaitement puisque c’est quelque chose qui ne représente pas du tout une corvée pour moi. Écrire, ç’a toujours été un mélange entre une passion, un passe-temps et un exutoire pour moi, donc de me retrouver à écrire un roman pour mon PP c’était loin de représenter quelque chose pour lequel j’allais avoir de la difficulté et pour lequel j’allais me plaindre chaque fois que j’aurais à y travailler, bien au contraire!
En ce qui concerne le choix de la dystopie, c’est en quelque sorte un univers qui s’est un peu imposé de lui-même. Quand je réfléchissais à mon roman, je me voyais déjà écrire quelque chose d’un peu futuriste, sans pour autant que ce soit tiré par les cheveux. Je dois dire que j’avais aussi quelques restrictions dans mon travail comme celui de choisir une aire d’interaction en lien avec le programme et par le fait même, mon projet. En ce qui me concerne, j’avais choisi l’aire « Santé et formation sociale » où cela incluait justement l’idée d’inégalités sociales et les conséquences dont peut résulter l’évolution d’un individu dans un monde aussi instable que la dystopie.
- Comment t’est venue l’idée d’Insoumise?
Insoumise m’est venue véritablement sur un coup de tête. J’étais dans la voiture et il neigeait vraiment très fort! Je me suis mise à réfléchir tout bonnement et à me faire des scénarios comme j’ai toujours eu l’habitude de faire. Et puis il m’est venu l’idée de l’élément déclencheur de mon tome 1, au moment où mon personnage principal marche dans la rue et qu’elle se fait tirer dessus. Du moment que j’ai eu ça en tête, je me suis dit qu’il y avait certainement quelque chose à faire avec ça alors je me suis mise à « tricoter » autour, à m’imaginer un monde ailleurs, mais pas trop loin du nôtre. Je me suis aussi mise à réfléchir à ce qui pourrait motiver un acte comme celui-là, celui de faire feu sur une jeune fille de 17 ans et peu à peu j’ai commencé à tisser l’histoire d’Emma et de sa République sens dessus dessous.
- Quand tu commences une histoire, la connais-tu en entier dès le départ (te fais-tu un plan?) ou bien improvises-tu au fur et à mesure?
Je ne crée jamais au grand jamais de plan! Je ne les suis jamais de toute façon! J’ai toujours en tête le début ainsi que la fin de mon histoire. Sinon, je note ici et là les grandes lignes, les évènements importants auxquels je pense et qui viendront bouleverser le cours du récit, mais sinon, aucun plan. Je prends les directions qui me plaisent. J’ai pour principe que tous les chemins mènent à Rome alors tant et aussi longtemps que j’ai mon but en tête ou ma fin, je suis libre de faire ce qui me plaît dans la création de mon histoire. Il y a donc une très grande part d’improvisation dans ce que je fais et je vois où tout cela me mène.
- Quel était le message que tu essayais de transmettre à travers ton histoire? Car il est certain qu’une dystopie fait réfléchir sur les conséquences importantes que nos actions actuelles peuvent avoir sur le monde du futur…
Je crois que j’essayais surtout de démontrer que quelque part, les inégalités sociales de même que la différence peuvent être aussi banales qu’un interdit qui nous apparaît injuste. Je m’explique : le monde d’Emma est loin d’être idéal, mais c’est surtout et principalement parce qu’il est rempli de lois qui ne font aucun sens qu’il est justement si injuste à concevoir. Par ailleurs, le fait est que je n’ai pas eu à aller puiser très loin pour arriver à de telles conclusions; je suis d’avis que notre monde actuel est également encore submergé d’inégalités sur lesquelles on ferme peut-être trop souvent les yeux, de peur de se faire aussi réprimander. C’est donc une approche que j’ai voulu aborder.
Je voulais aussi, d’une certaine façon, développer l’empathie de mes lecteurs. Emma est un personnage très sensible et j’ai vraiment insisté sur son émotivité pour que mon public se sente, quelque part, connecté à ce qu’elle ressentait et faisait pour que ses actions soient ainsi justifiées. D’autre part, je n’ai pas vraiment un droit de regard sur ce que mes lecteurs perçoivent ou non dans mes romans et je crois que cela fait partie de la beauté d’être auteure. De savoir que ce que j’ai écrit peu prendre une multitude de sens auprès de tous ces gens qui se seront attardés ne serait-ce qu’un tout petit peu dans l’univers d’Emma. Et que par quelques mots seulement, les mêmes pour tous pourtant, j’ai réussi à les toucher tous différemment.
- Écrire une trilogie, c’est du travail! Combien de temps environ ça t’a pris? (de l’écriture à la publication)
Du tout au tout, chacun de mes romans a été publié à un intervalle de 6 mois. L’avantage dans mon cas a été que j’avais déjà fini d’écrire mes trois romans lorsque j’ai soumis le premier tome à l’édition. Chaque tome indépendamment m’a donc pris environ un mois pour ce qui est uniquement de l’écriture. Quand les idées viennent et que l’inspiration y est, je peux écrire sans arrêt pendant des heures ce qui fait justement en sorte que mes romans s’écrivent donc très rapidement. Suite à quoi j’ai passé plusieurs semaines avec mon éditrice, Sara, pour que chacun de mes tomes soit digne de se retrouver en tablettes. Je dirais que c’est la réécriture/l’édition qui prend véritablement le plus de temps et non pas la création elle-même. L’édition est aussi, selon moi, ce qui est le plus difficile dans l’écriture d’un roman. C’est à ce moment qu’un regard extérieur et expert cerne la moindre petite faute et la plupart des auteurs ont, je le crois, le même problème, c’est-à-dire celui d’être extrêmement perfectionniste et bien que la critique soit toujours constructive, il faut apprendre à mettre notre ego de côté pour être en mesure de s’améliorer.
J’aimerais dire qu’il existe une recette secrète ou une potion magique qui permette d’écrire le roman parfait, malheureusement, cela n’existe pas encore. Il faut travailler dur et constamment retravailler son manuscrit, mais aussi persévérer encore et encore. Être critique envers soi-même, mais pas trop quand même de là à vouloir constamment tout effacer! Sinon, on n’avance jamais. Peaufiner son style et l’affirmer est aussi une grande part de l’écriture. C’est ce qui distingue les gens qui écrivent bien de ceux qui ont une plume.
Bref, en compagnie de l’équipe, ça m’a pris 4 à 5 mois pour chaque tome.
- As-tu déjà reçu une mauvaise critique qui t’a vraiment touchée?
Heureusement, ça ne m’est pas encore arrivé. J’ai déjà lu un commentaire d’un lecteur qui avait trouvé que mon écriture était un peu maladroite et trahissait mon âge et ça m’a dérangé, mais ça ne m’a pas blessée. J’ai toujours eu de très bonnes critiques, mais je suis prête à l’éventualité d’une mauvaise; je ne peux bien évidemment pas plaire à tout le monde.
Je vous invite à lire cet article : Comment faire face à la critique? Un mal pour un bien. – Naomi Chauret Auteure (wordpress.com)
- Quel est le meilleur compliment que tu as reçu sur ta trilogie?
Je dirais quand quelqu’un vient me dire que j’ai réussi avec mon roman à les faire lire. Quand un parent vient me voir pour me dire que leur enfant ne lisait pas du tout et qu’une fois la main mise sur mon roman, ça l’a suffisamment stimulé pour lire, c’est une très grande fierté. Aussi, quand on me dit que j’ai réussi à les toucher, rien qu’avec quelques mots, ça m’émeut toujours.
- Quand juges-tu qu’un roman est achevé? As-tu un truc pour bien finir un roman? À quel moment te dis-tu que ton roman est prêt à être envoyé à une maison d’édition?
Je dois dire qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises façons de terminer un roman. Il faut seulement qu’en posant le dernier point, on sente qu’on ne pourrait en dire davantage et qu’en un sens, on aura surpris son lectorat. Je ne suis pas d’avis que les finales sans suites possibles sont ce qui plaît le plus. Je crois que les fins qui laissent envisager qu’un futur est possible pour les personnages permettent de les rendre plus réels aux yeux des lecteurs. Je ne suis pas non plus une grande amatrice des fins idéals de contes de fées alors j’essaie de m’en éloigner le plus possible, sans pour autant venir briser le cœur de mes lecteurs, bien entendu!
C’est très difficile de savoir quand un roman est prêt alors je dirais que c’est plutôt quand on l’est qu’on décide d’envoyer un roman à l’édition. Dans mon cas, si ça n’avait pas été de ma mère qui a insisté pour que j’apporte mes cinq premiers chapitres à mon éditrice, je ne serais probablement pas publiée aujourd’hui. Je n’étais pas prête, je ne pensais pas que mon roman était assez bon et qu’il avait le potentiel d’être lu par plusieurs milliers d’inconnus, mais il s’est avéré que c’était l’une des plus belles décisions que j’aie pu prendre.
- Comment as-tu choisi ton éditeur?
En réalité je n’ai pas réellement choisi mon éditeur. C’est principalement parce que je connaissais Marie-Claire pour la simple et bonne raison que j’ai lu la plupart de ses romans (connu en tant qu’auteure sous le nom de Marie Gray) et que je suis entrée en contact avec elle lors d’un Salon du livre et je ne regrette pas du tout ma décision! La maison Guy Saint-Jean est tout simplement fantastique et je travaille avec des gens extrêmement professionnels qui ont à cœur mes romans. Par ailleurs, je ne pensais pas du tout me faire éditer, je m’attendais davantage à des commentaires qui viseraient à ce que je m’améliore de la part de Marie-Claire, mais il semblerait que mon manuscrit ait eu suffisamment de potentiel à ce qu’elle veuille le publier.
Par ailleurs, en temps normal, une maison d’édition se choisit en fonction du type de romans et du genre qu’elle publie déjà. Par conséquent, si on écrit des romans, il est inutile de soumettre son manuscrit à une maison d’édition qui ne publie que des livres de cuisine! Après quoi, chaque maison a une procédure différente. Certaines acceptent uniquement les versions électroniques, d’autres papiers. Cela dépend vraiment de chaque maison. Je le sais parce que j’ai regardé, mais je n’ai jamais soumis mes manuscrits à d’autres maisons qu’à Guy Saint-Jean Éditeur. Je me suis rapidement sentie en confiance et j’ai su que j’étais entre de bonnes mains, particulièrement pour un premier roman publié.
- Est-ce que ton premier roman a aussitôt été édité ou il y a eu une énorme manœuvre à faire? Si tel est le cas, peux-tu nous expliquer brièvement comment se passe la partie « édition » d’un roman?
Chaque roman qui se voit éditer doit suivre un long processus! Dans la plupart des maisons du moins! L’édition est très importante parce que c’est ce qui permet d’éviter toutes les coquilles, les erreurs, les fautes et les incohérences qui peuvent se retrouver dans un roman. Le fait est que, bien que mon roman avait du potentiel à la publication, il ne se serait jamais retrouvé sur les tablettes de mes libraires préférés si ce n’avait été du travail d’édition.
Essentiellement, cela se passe comme suit :
Une fois que mon roman est écrit et prêt à être édité, je le fais parvenir par courriel à mon éditrice. Elle y apporte des corrections ainsi que des annotations les concernant si besoin est. (Corrections que je vois puisqu’elles sont de couleur considérant que nous travaillons toujours en « Suivi de modifications ».) J’ai droit de véto sur toutes les modifications qu’elle apporte à mon roman et je lis assidûment chacune d’entre elles en apportant ou non les corrections qu’elle m’a demandées. Je dois dire que 95 % du temps, je procède aux dits changements. Une fois que je crois avoir terminé et que mon roman est à la fois rouge, bleu, noir et mauve, je lui renvoie et elle repasse par toutes les modifications que j’ai pu faire. Nous nous renvoyons la balle ainsi à quelques reprises jusqu’à ce que nous soyons toutes deux satisfaites du travail accompli. Ensuite de quoi mon roman passe aux mains de la réviseure qui, elle, se charge de toutes les coquilles, les fautes d’orthographe, les erreurs d’accords, etc. Une fois que j’ai jeté un coup d’œil aux corrections qu’elle a apportées, le roman est de nouveau renvoyé à la maison qui elle, le fait parvenir au graphiste pour la mise en page.
Pour plus de détails sur l’édition, je vous invite à lire cet article : Les étapes de la publication d’un roman – Naomi Chauret Auteure (wordpress.com)
- Quand tu regardes vers le passé, que penses-tu de ton expérience? (Ça valait la peine? Serais-tu prête à recommencer? Es-tu fière, as-tu des regrets? Qu’est-ce que publier Insoumise a changé dans ta vie?)
Je suis bien évidemment très fière de ce que j’ai fait. Malgré tout, je dois dire que cela m’a pris du temps avant de réaliser et de pleinement prendre conscience de ce que j’avais accompli. Plus précisément, c’est au lancement de mon tome 3 que cette espèce de voile de modestie que je m’étais imposée s’est levé. Non pas que je ne sois plus modeste ou reconnaissante de ce que j’ai eu la chance de réaliser, mais plutôt c’est là que j’ai vu que ce que j’avais fait était grand et que ça avait eu un impact. J’avais tous ces gens devant moi qui étaient là, pour moi, pour souligner la parution de ce dernier tome et tout à coup ça m’a frappé. Je crois que si ça m’a pris autant de temps c’est que quelque part, je n’y croyais pas encore et que la publication de trois romans, c’était définitivement plus grand que moi et surtout plus grand que tout ce à quoi je pouvais m’attendre.
Je ne crois pas qu’on puisse avoir des regrets face à quelque chose comme ça. Oui bien sûr, peut-être que dans quelques années, je relierai quelques pages d’Insoumise et je me trouverai dont mauvaise et immature, etc., etc. Mais je crois aussi qu’à ce moment-là, je vais être d’autant plus fière de savoir que j’ai pu faire ça alors que j’avais tout juste 18 ans. Et je ne veux pas avoir de regrets, même que je ne crois pas en avoir un jour. Quand j’ai signé mon tout premier contrat d’édition, je me suis tout de suite dit que je ne me ferais pas d’attentes, que je verrais simplement où ça allait me mener, mais que jamais je n’espérerais plus que ce que j’avais déjà eu la chance d’avoir. De cette façon, je crois que ça m’a permis d’être encore plus reconnaissante de ce que j’avais fait.
Je ne suis pas prête à dire qu’Insoumise a changé ma vie hahaha! Ça a certainement eu un impact sur mon entourage, mais c’est quelque chose qui peut aisément passer sans qu’on s’en aperçoive. Ce n’est pas quelque chose que je crie sur tous les toits de toute façon, ce qui signifie qu’il n’y a quelques personnes qui savent que j’ai écrit des livres. D’un autre côté, cela m’a donné énormément de visibilité et j’ai eu la chance de participer à plusieurs évènements parce que j’étais justement une auteure. Seulement, être auteure, ça reste un genre de célébrité silencieuse. C’est quelque chose qui se partage dans le milieu du livre ici et là et dans les évènements connexes, mais ce n’est pas quelque chose qui est nécessairement visible. Rares sont les auteurs qui sont des têtes d’affiche et plus particulièrement au Québec. Malgré tout, il est évident qu’être auteure a eu un impact sur mes activités, mais je ne suis quand même pas quelqu’un qu’on accoste dans la rue parce qu’on reconnaît qui je suis. 😉
- Qu’espérais-tu lorsque tu as publié ton premier roman à seulement 18 ans? Craignais-tu les critiques? Croyais-tu que ton jeune âge représenterait un obstacle?
Comme je l’ai écrit un peu plus haut, je ne voulais pas me faire d’attentes. Je ne voulais pas être déçue, sachant que c’était quelque chose à laquelle j’étais très attachée. Un roman, c’est toujours près de celui qui l’a écrit, et ce, malgré toute la distance qu’on essaie de prendre en tant qu’auteure. Et je ne regrette pas ma décision de ne pas m’être fait d’idées. Je m’en tiens maintenant au réel et à ce que ça allait m’offrir au jour le jour.
En ce qui a trait aux critiques, je crois qu’on les craint toujours un peu surtout dans le milieu artistique. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours été très ouverte aux critiques constructives qui peuvent mener à l’amélioration. Je n’ai pas eu de mauvaises critiques, mais que l’on compare souvent mon roman à Hunger Games m’a souvent déplu. Ce n’est pas une série pour laquelle j’ai un très fort attachement, alors ça m’a un peu tiqué qu’on compare ce que j’avais écrit à cette histoire dont j’aime le concept, mais dont les personnages ne m’ont pas du tout touchée.
Mon âge a en quelque sorte généré deux types de réactions. D’une part, on était impressionné que j’aie écrit aussi jeune. (Et quand je dis « on », je parle des lecteurs en salon ou des journalistes). C’était donc toujours un genre de surprise pour eux de voir la maturité avec laquelle j’avais pour étayer une histoire comme celle-là, mais cela engendrait bien évidemment un intérêt aussi. D’un autre côté, je crois que mon âge a eu le réflexe d’en rebuter quelques-uns. Certains ont vu un manque de maturité dans mon écriture et une maladresse qu’ils associaient à mon âge. Cet aspect m’a, honnêtement, beaucoup dérangée. Je suis d’avis qu’on ne doit pas juger quelqu’un uniquement sur cet aspect. Rien ni personne ne peut savoir ce par quoi quelqu’un a pu passer de sorte que juger de la maturité d’un individu uniquement par le nombre d’années qu’il a me semble totalement illogique et injuste. Je crois que ce serait mal connaître les jeunes, mais aussi de les sous-estimer que de penser qu’ils n’ont rien vécu et qu’ils ne possèdent pas la maturité nécessaire à la rédaction de tels évènements. J’ai donc essayé le plus possible de faire honneur à ma génération en m’adressant à mes lecteurs comme des adultes qui ont un bagage.
- Pour écrire un livre, faut-il avoir des qualités particulières ou de l’expertise en quelque chose en particulier? En fait, qu’est-ce que ça prend selon toi pour devenir écrivain (e)?
Je crois que quiconque ayant un brin d’amour pour les lettres peut écrire. Or, je suis aussi d’avis qu’il n’existe pas de grands auteurs sans qu’ils aient d’abord été de grands lecteurs. La lecture, c’est ce qui stimule l’écriture en tout premier lieu. C’est l’amour des pages qu’on parcourt et des histoires auxquelles on s’accroche, des personnages qui nous marquent et auxquels on s’identifie qui amène les gens vers l’écriture.
- Crois-tu que n’importe qui peut avoir une chance de publier un roman?
Je suis d’avis que toute histoire, toute idée, tout récit sont bons à écrire. Peut-être que dans deux ans, on va retrouver ce qu’on a écrit et qu’on va dont trouver que c’est mauvais, mais je me dis que si à ce moment-là, on l’a écrit, c’est que ça en valait sûrement la peine et que quelque part, on en avait sûrement besoin. Alors oui, certainement, n’importe qui peut avoir la chance de publier un roman. Ça prend du travail et de l’ambition, mais il est clair qu’on ne doit pas s’arrêter à des refus. Peut-être que ce n’était juste pas encore le bon moment. Je suis d’avis que les opportunités peuvent souvent se présenter dans des moments les plus inattendus, il faut seulement rester alerte. Et d’un autre côté, je me dis que parfois, sa chance, on se la crée alors dans les deux, ça ne dépend finalement que de soi-même.
- Aurais-tu quelques techniques/trucs d’écriture à nous partager?
Ne jamais, au grand jamais s’imposer quelque censure que ce soit! Il faut écrire tel que les mots viennent, presque spontanément, au risque de tous les réécrire ensuite. En ce qui me concerne, j’écris toujours en écoutant de la musique, cela me permet de me mettre dans une ambiance qui va souvent de pair avec le moment que je suis en train d’écrire. Également, lire certains passages à voix haute peut aider à mieux comprendre ce qu’on vient d’écrire, mais aussi mieux cerner les erreurs qui peuvent s’être glissées entre les lignes.
- Est-ce que quelqu’un t’aide à écrire? Ou à mieux écrire?
Je dirais que j’essaie de m’aider moi-même à mieux écrire en lisant beaucoup. Je considère qu’il n’y a pas de grands auteurs sans grands lecteurs. Alors pour ma part, je me suis dit que si je commençais en étant une grande lectrice et une petite auteure, je ne pourrais que m’améliorer. Aussi, je suis extrêmement perfectionniste alors je peux retravailler à plusieurs reprises un seul et même passage dans l’optique qu’il soit toujours meilleur et je peine à me satisfaire de ce que j’ai déjà accompli. Mon éditrice m’est aussi d’une grande aide. Étant aussi perfectionniste que je le suis, il est clair qu’elle souhaite constamment que je m’améliore afin d’offrir à mes lecteurs, le meilleur roman qui soit.
- Au cours de ton écriture, te corriges-tu au fur et à mesure? Sinon, quelle est ta méthode?
J’ai tendance à me corriger au fur et à mesure oui, mais sans porter une attention maladive à mes fautes histoire de ne pas trop me freiner dans mon élan d’écriture. En revanche, j’ai développé l’habitude de relire les chapitres que j’ai pu écrire la veille par exemple, d’y apporter quelques modifications (en lien avec l’histoire ou encore l’orthographe, la grammaire, etc.) puis je continue ma rédaction.
- As-tu des trucs pour créer des personnages attachants et réalistes?
Je dirais que je m’inspire de ma vie de tous les jours en gardant à l’esprit qu’ils doivent être le plus près possible de la réalité pour justement être attachants. Il faut que les gens croient qu’ils sont réels et que leurs réactions le soient aussi. Le but est simplement qu’ils soient humains; sans stéréotypes, sans réactions héroïques incroyables. Tout ce qu’ils doivent faire, c’est être authentique et fidèle à eux-mêmes. J’aime particulièrement les antihéros, les personnages qui sont un peu comme tout le monde et qui n’ont pas l’intention de sauver qui que ce soit si ce n’est que d’essayer de survivre pour eux et les gens qui les entoure. Ce n’est pas nécessairement égoïste, c’est simplement logique.
- Pour finir, aurais-tu d’autres conseils à donner aux futurs écrivains?
Lisez. Beaucoup et tous les genres. Croyez en ce que vous écrivez. Chaque idée est bonne à écrire, chaque phrase vaut la peine d’être rédigée et d’être lue. Si vous écrivez quelque chose, dites-vous qu’il y a certainement une raison. Ne vous justifiez pas sans arrêt, trouvez le fondement dans ce que vous avez écrit et faites en sorte que le message passe. L’écriture est un formidable moyen d’expression qui ne connaît aucune contrainte si ce n’est qu’une seule : votre imagination. L’écriture, c’est du théâtre sur papier, des personnages qui nous ressemblent de près ou de loin et qui nous font vivre des émotions sans nulle autre pareille autant à celui qui écrit que celui qui lit.
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Voilà ce qui termine ces deux entrevues combinées!
Les relire me rappelle de bons souvenirs et me font réaliser à quel point la Naomi de 2019 (année de la publication de mon premier roman) aurait eu plusieurs réponses similaires à celles de la Mathilde de 2016-2017. Même que la Naomi de 2023 en aurait encore des similaires. De bons conseils ont été donnés dans ces entrevues et aussi des vérités sur les réalités du monde de l’écriture au Québec.
Mathilde et moi avons beaucoup de points en commun: nous avons toutes deux signé notre premier contrat d’édition à l’âge de 18 ans, nous avons toutes deux fait un Projet personnel de secondaire 5 portant sur l’écriture qui a jeté la base de nos romans publiés, puis nous venons toutes deux de la région de l’Outaouais!
Il est drôle de penser que seulement 3 ans après ma première entrevue avec cette auteure, je réalisais moi aussi mon rêve de devenir auteure.
Sur ce, je vous dis à la prochaine!



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